Nous tenons une librairie. C’est-à-dire un lieu fragile, têtu, qui résiste à l’algorithme et à la file d’attente. Au Morne Sergent, à deux pas de la mairie du Moule, La Ramure occupe une boutique modeste qui sent le papier sec et la colle chaude des reliures. On y entre comme on entre dans un atelier : sans casque, sans devis, sans rendez-vous.
Nos rayons sont composés à la main, dans la quinzaine, dans le mois. Un livre y reste tant qu’on a quelque chose à dire de lui — sinon, il part en retour ou il rejoint une autre bibliothèque. Notre catalogue n’est pas exhaustif ; il est tenu. Si une référence vous manque, nous la commandons ; elle arrive en quarante-huit heures, plus rarement en cinq jours pour les diffusions plus lentes.
Aux beaux jours, nous sortons une table sous la véranda, devant la porte, pour lire à voix haute des extraits, pour accrocher les enfants à un album qu’ils n’auraient pas choisi seuls. C’est un travail lent, qui suppose une certaine attention de la commune ; en retour nous accompagnons les classes du collège, les ateliers d’écriture, les associations qui veulent prêter ou animer. La Ramure n’est pas une bibliothèque ; mais elle voudrait que personne, dans la commune, n’ait à dire « je n’ai pas accès aux livres ».
— L’équipe de La Ramure